Pendant que les routes se dégradent, que l’économie patine et que l’insécurité guette, le territoire d’Aru se bat aussi contre un ennemi invisible : les interférences. C’est le constat lucide dressé par Monsieur Etsoni Ondoa Isaac, président de l’UNPC sous-section d’Aru, dans une analyse confiée à/aruactualite.com. Son message est direct : tant que tout le monde voudra jouer le rôle de tout le monde, le développement d’Aru restera une promesse en attente.
Le territoire d’Aru, au nord de l’Ituri, fait face aujourd’hui à des défis énormes sur le plan social, politique, économique et sécuritaire. Mais au-delà de ces problèmes visibles, une difficulté plus insidieuse freine tout élan : la multiplication des interférences dans la gestion des affaires publiques. Dans les discussions de quartier comme sur les réseaux sociaux, une phrase revient sans cesse : “chacun veut occuper la place de tout le monde”. Administrateur, coordonnateur, président de la jeunesse, leader politique, porte-parole de la communauté… Les casquettes se multiplient et les repères disparaissent. Quand chacun se prend pour le décideur, plus personne ne sait qui décide réellement.
Cette confusion a un prix. La population ne sait plus vers qui se tourner pour obtenir une information fiable ou déposer une préoccupation légitime. À force d’entendre plusieurs personnes parler en même temps des mêmes dossiers, souvent sans mandat ni compétence reconnue, le message officiel se dilue. “Les structures établies par la loi et les personnes investies de fonctions publiques perdent peu à peu leur visibilité et leur autorité”, regrette Monsieur Isaac Ondoa. Résultat : les projets traînent, les réponses arrivent en retard, et la confiance s’érode.
Les réseaux sociaux ont accéléré le phénomène. Aujourd’hui, une publication suffit à lancer une alerte, donner un avis ou contester une décision. La liberté d’expression est vitale, mais sans vérification ni respect des rôles, elle devient une arme à double tranchant. Les malentendus s’enchaînent, les tensions montent, les communautés se divisent. Ce qui devait unir finit par fragiliser la cohésion sociale d’Aru.
Les conséquences sont déjà là et elles se paient cash. La coordination des actions de développement devient un labyrinthe. Les partenaires, les ONG et les services de l’État ne savent plus quel interlocuteur est légitime. Le leadership local s’affaiblit sous les assauts des contestations. La méfiance s’installe entre acteurs sociaux et politiques. Et dans les domaines sensibles comme la sécurité ou l’économie, cette désorganisation empêche de réagir vite. Une opportunité se ferme pendant qu’Aru règle ses querelles internes.
Pour Monsieur Etsoni Ondoa Isaac, la solution tient en trois mots : respect, complémentarité, unité. Il faut rappeler à chacun sa place sans museler personne. L’administrateur doit administrer, le coordonnateur coordonner, la société civile veiller et proposer, la jeunesse innover et interpeller, les notables conseiller et apaiser. La liberté d’expression doit rester un droit, mais elle gagne en crédibilité quand elle respecte les institutions et les compétences établies.
Le développement d’Aru ne viendra pas d’un homme providentiel. Il viendra quand chaque acteur jouera pleinement son rôle et reconnaîtra celui des autres. Dialogue, organisation, respect mutuel : c’est à ce prix que les efforts collectifs cesseront de se neutraliser et commenceront à transformer le territoire.
Parquet Madhira Job

