Depuis ce vendredi 12 juin 2026, le pont Ovuva ne fait plus passer les camions de gros tonnage. L’administrateur du territoire d’Aru, sous état de siège, le commissaire supérieur principal Richard Mambi Kingana Kitabakulu, a pris une décision ferme : interdiction aux poids lourds d’emprunter cet ouvrage. L’annonce a été faite lors d’une réunion tenue dans la salle de la bibliothèque de la jeunesse d’Aru. Nous sommes dans la province de l’Ituri, territoire d’Aru, à environ 350 km de Bunia, au nord-est de la RDC.
Elle est le fruit d’une concertation élargie entre l’exécutif du territoire d’Aru, les opérateurs économiques, la structure de la jeunesse, la coordination de la société civile et plusieurs autorités politico-administratives locales. Tous ont constaté la même chose : le pont Ovuva, jeté sur la rivière Ovuva, est dans un état de délabrement avancé. Et chaque passage d’un camion surchargé rapproche l’ouvrage de l’effondrement. Or ce pont n’est pas un simple passage. Il relie la chefferie des Zaki à celle des Nio-Kamule, deux entités stratégiques pour l’économie locale.
“Vu l’urgence du délabrement de ce pont d’intérêt commun, vu l’importance capitale de cet ouvrage qui relie la chefferie des Zaki à celle des Nio-Kamule, nous avons décidé, devant tous les membres présents, que désormais tous les camions transportant des poids lourds ne doivent plus emprunter cette route afin de ne plus endommager davantage l’ouvrage” a expliqué l’administrateur Richard Mambi Kingana Kitabakulu dans une interview exclusive accordée à Aruactualite.com.
En attendant des travaux de réhabilitation, les itinéraires sont déviés. Les camions en provenance ou à destination d’Aru, Ariwara et Durba devront désormais passer par l’axe Aru–Ariwara–Durba, ou emprunter le raccourci Aga–Apinaka. C’est plus long, plus coûteux pour les transporteurs, mais c’est le prix à payer pour sauver le pont. Car si l’ouvrage cède, c’est tout le bassin d’Aru qui se retrouve isolé. Les produits agricoles ne sortiront plus, les marchandises venues d’Ouganda n’entreront plus, et les marchés de la zone perdront leur poumon économique.
Signalons que le pont Ovua est en réalité une charnière vitale. Il fait circuler chaque jour des tonnes de vivres, du bétail, des motos, des véhicules légers et des centaines de personnes. Son impact dépasse le territoire d’Aru : il irrigue toute la province de l’Ituri et alimente même la province voisine du Haut-Uélé. L’Office des Routes était déjà intervenu par le passé pour des travaux de réfection. Mais sans entretien régulier et face au passage incessant de camions surchargés, les dégâts sont revenus plus vite que prévu.
Notons qu’avec cette interdiction, l’administrateur du territoire fait un choix de prévention plutôt que de réparation après catastrophe. C’est une mesure impopulaire pour les transporteurs, mais indispensable pour la communauté. Aux opérateurs économiques de s’organiser, aux autorités de planifier rapidement une réhabilitation durable, et à la population de comprendre l’enjeu. Un pont debout, c’est des villages connectés, des écoles accessibles, des malades évacués et une économie qui respire.
Job parquet madhira

