Dans le territoire de Mahagi (Ituri), le départ massif des jeunes vers le Haut-Uélé sonne comme un cri de détresse. Entre promesses de richesse et réalité brutale dans les mines de Doko ou de Durba, le journaliste Blaise Kapara brise le silence sur un exode qui vide les villages de leur force vive.
C’est un voyage sans retour pour beaucoup, ou du moins, un voyage vers l’illusion. À Mahagi, la jeunesse Alur délaisse de plus en plus les terres ancestrales. La destination ? Les carrés miniers et les vastes exploitations agricoles de la région de Durba, dans la province voisine du Haut-Uélé. Si l’espoir d’un « lingot d’or » ou d’un salaire rapide motive ces départs, la réalité sur le terrain est une gifle monumentale.
Le journaliste Blaise Kapara, fin observateur de cette dynamique migratoire, dresse un tableau sombre de la situation. Selon lui, derrière les récits de réussite qui circulent dans les villages, se cache une précarité extrême.
« Dans certains carrés miniers, la réalité est loin des espoirs qui avaient poussé ces jeunes à quitter leur territoire d’origine », dénonce-t-il avec force.
Une fois sur place, ces jeunes se retrouvent confrontés à :
- Un travail de forçat : Des journées interminables sous un soleil de plomb ou dans la boue des galeries.
- Une insécurité permanente : Les risques d’éboulements sont constants et les accidents souvent passés sous silence.
- Une santé en péril : L’hygiène précaire et le manque d’eau potable favorisent la propagation de maladies chroniques.
- Un mirage financier : Malgré l’effort fourni, les salaires restent dérisoires face au coût de la vie dans les zones minières.
L’appel à un sursaut collectif
Face à ce qu’il qualifie de « souffrance silencieuse », Blaise Kapara ne se contente pas de dénoncer ; il propose. Pour lui, la solution réside dans un retour à la terre et une réorganisation locale. Il exhorte les jeunes à ne plus voir Mahagi comme une terre d’échec, mais comme un terrain d’opportunités à bâtir, notamment par l’apprentissage de métiers techniques et la modernisation de l’agriculture.
Responsabilité partagée : Autorités et Parents au banc des accusés
Le cri d’alarme vise également les décideurs. Le constat est clair : si les jeunes partent, c’est que l’horizon est bouché chez eux. Kapara appelle donc à une synergie d’urgence entre :
- Les autorités politico-administratives : Pour créer des pôles de développement économique local.
- Les structures de jeunesse : Pour sensibiliser sur les dangers de l’exode et encadrer les projets locaux.
- Les parents : Pour ne plus encourager ces départs risqués au profit d’un gain immédiat et incertain.
La situation des jeunes Alur n’est plus seulement un fait divers, c’est une urgence sociale. Endiguer ce phénomène est impératif pour éviter que Mahagi ne devienne un territoire de « vieux », vidé de son avenir par les sirènes trompeuses de l’or du Haut-Uélé.
Rédaction

